Stendhal sous le regard de Paul Claudel
La maison Berthet à Brangues

En achetant le château de Brangues, en 1927, Paul Claudel a le sentiment d’avoir enfin trouvé le refuge idéal. Dans son Éloge du Dauphiné, il chante la beauté du site et exprime son admiration pour les artistes isérois ; sauf un : Stendhal qu’il n’hésite pas à injurier. Parce qu’il n’a pas su reconnaître le charme de sa région natale, qu’il affiche une impiété rédhibitoire, qu’il est incapable d’animer les paysages environnants d’un souffle poétique. Le diplomate-écrivain ne lui pardonne surtout pas d’avoir utilisé le drame de Brangues, selon lui sans rien y comprendre, pour écrire le Rouge et le Noir, en 1830 :
"C’est là, en effet (…) qu’une personne de la société fut assassinée d’un coup de pistolet en pleine grand’ messe par un malfaiteur dissimulé sous le masque de Stendhal. Il s’agit de ce littérateur qui doit
le meilleur de sa renommée à l’habitude que toute la campagne de Russie ne put lui faire perdre, de se raser chaque matin, expérience scarifiante que depuis il n’a cessé de poursuivre sur la peau de ses lecteurs." 1
Le littérateur en question s’est inspiré de l’histoire d’Antoine Berthet qui, en son temps, a défrayé la chronique. Mais un article de 1944 paru dans la Revue des deux Mondes, oriente Claudel vers la piste de l’enfant illégitime que l’auteur aurait ignorée : « On voit le drame, cet état d’esprit au moment du crime et du procès ! Stendhal qui était un simple imbécile a passé à côté du drame. » 2
Évidemment, le Rouge et le Noir est beaucoup plus riche que ne le suggère cette seule interprétation.
Christiane Mure-Ravaud
1 : Claude Paul, Œuvres en prose, Éditions Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1965,p. 1337-1338
2 : Claudel Paul, Journal, Éditions Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1968, 21 mai 1944.